• Julie

Travailleurs décalés, qui sommes-nous ?


Pendant longtemps, je pensais que la travail en horaires décalés ne concernaient qu’une minorité de personnes. Étant entourée de personnes travaillant en horaires «classiques» et étant la seule à travailler en horaires décalés, je n’avais en fait qu’une vision biaisée de la réalité.


Ce n’est qu’au fur et à mesure du temps que j’ai compris, que non, nous n’étions pas les seuls en hôtellerie à travailler selon ces horaires (syndrome Caliméro, vous connaissez?). En regardant autour de moi j’ai très vite compris : la société ne s’arrête jamais de tourner, et il faut encore (et heureusement) des êtres humains pour y contribuer. Je suis donc arrivée au constat suivant : aujourd’hui et contrairement à ce que l’on pourrait penser, travailler en horaires décalés ne constitue pas une situation marginale.


En effet, en 2017, d’après une étude de la DARES, 44% des salariés (soit 10,4 millions de personnes) sont, au cours d’un mois, soumis à au moins un horaire atypique sur leur lieu de travail, à leur domicile ou ailleurs.

Presque la moitié de la population active?! Woow ça fait du monde, alors si comme nous tu travailles en horaires décalés : Welcome to the family!! Peut être que ce n’est que moi, mais j’ai souvent ressenti que le fait de travailler en horaires décalés me classait dans la catégorie des gens «bizarres», avec beaucoup de personnes qui ne comprenaient pas vraiment ce que ça signifiait. Mais aujourd’hui savoir que nous sommes autant me donne l’envie de mettre tout ça en valeur. Pour que nous mêmes nous comprenions qui nous sommes mais aussi pour que ce qui ne savent pas réalisent que tous ces métiers sont devenus indispensable au fonctionnement de la société.

Horaires atypiques, horaires décalés ? Quelles différences, quelles définitions?


Les horaires décalés font partie des horaires dits «atypiques». On qualifie d’horaires dits «atypiques» , tous les aménagements du temps de travail qui ne sont pas «standards».


Le travail standard correspond aux configurations suivantes : 5 jours réguliers par semaine du lundi au vendredi, horaires compris entre 5 et 23 heures, avec 2 jours de repos hebdomadaires.  


En comparaison d’une journée de travail classique (9h-17h), les horaires se trouvent déplacés tôt le matin (se lever avant 5h du matin par exemple), l’après-midi ou le soir. Cela comprend aussi le travail posté, le travail de fin de semaine et le travail de nuit.


Le travail de nuit concerne tout travail effectué entre 21h et 6h. En principe, la durée quotidienne du travail accomplie par un travailleur de nuit ne peut excéder 8 heures.


Le travail posté correspond à une organisation du temps de travail dans laquelle plusieurs équipes se relaient successivement aux mêmes postes de travail, selon un roulement prédéfini.


Ci-dessous un tableau qui résume bien les différences entre horaires «classiques» et horaires «atypiques» :


Différences entre une "semaine standard" et une "semaine atypique"

Différentes façons de travailler


Si l’on peut définir d’une seule façon les horaires «classiques», il n’en va pas de même pour les horaires atypiques. En effet, il n’y a pas qu’une seule façon de travailler en horaires décalés.


Nous pouvons travailler :


> En horaires postés ou cycliques : par exemple en cycles de 3x8 ou 2x12 dans les usines par exemple, mais aussi suivant une alternance de 3 jours travailles / 4 jours de repos (infirmiers ou veilleur de nuit).


> En coupure : la journée est alors constituée de deux parties distinctes, avec une coupure d’au moins 3h au milieu (c’est le cas de la restauration par exemple)


> Suivant des plannings tournant : des tranches horaires régulières sont établies mais tournent  régulièrement suivant des plannings, établis plus ou moins à l’avance (c’est souvent le cas de l’hôtellerie par exemple)


> De façon complètement irrégulière : pour toutes les personnes qui travaillent suivant la demande, suivant des missions (intermittent du spectacle par exemple)


> De nuit ( de 21h à 6h) : c’est un rythme qui se retrouvent dans beaucoup de corps de métiers différents.


Au-delà de ces typologies, l’étude de la DARES met aussi en avant que certains métiers cumulent les décalages :

> un salarié peut, par exemple, travailler de nuit ET un dimanche

> les horaires de fin de semaine vont souvent de pair (samedi ET dimanche), ainsi que les horaires tardifs (en soirée ET en nuit)

> Travailler de nuit ET en horaires alternés (22% des salariés décalés)

> Travailler le dimanche avec des horaires variables d’une semaine sur l’autre (35% des salariés décalés)


Quels types de métiers ?


Il y a énormément de métiers concernés par le travail en horaires décalés. Nous pouvons les résumer en 3 grandes catégories. Ce sont les professions ayant l’obligation d’assurer :


> la continuité de la vie sociale

> la permanence des services de soin

> la sécurité des personnes


On peut ainsi donner quelques exemples, et bien sur, oh bien sur cette liste n’est pas exhaustive :


Hôpital/santé (infirmier, aide soignant, médecin, éducateur spécialisé..)

Sécurité (gendarme, police, militaire....)

Hygiène (éboueur, agent de propreté urbaine, agent de propreté des bureaux...)

Transport (centre de tri, aviation, taxi, conducteur de trains, métro...)

Hôtellerie / restauration (barman, night audit, réception, chef, serveurs...)

Produits frais (maraîcher, poissonnier, agriculteur..)


> Y’a t-il une différence hommes/femmes ?

A peu de choses prés les horaires atypiques concernent légèrement plus les hommes que les femmes : 44,2% des hommes contre 43% des femmes. Cependant, on remarque aussi que les métiers caractérisés par une forte présence d’horaires atypiques, sont aussi très marqués par une faible mixité.


Les métiers où la présence féminine est plus forte :

Infirmières

Aide soignante

Sage femme

Caissière

Vendeuse

Aide à domicile

Aide ménagère

Agent d’entretien


Les métiers où la présence masculine est plus forte :

policier

militaire

pompier

Conducteur de véhicule

Agent de gardiennage

Boucher

Boulanger

Charcutier

Cuisinier


> Cas particulier du travail de nuit des femmes

En 1982, le travail de nuit était interdit aux femmes dans l’industrie. Puis il fut autorisé en 1987, mais sous condition d’un accord de branche ET d’un accord d’entreprise. Ce n’est qu’en 2001 afin de mettre en conformité la législation française avec le droit communautaire qu’une loi est venue fixer une réglementation relative au travail de nuit pour les salariés femmes et hommes, jusqu’alors inexistante. Depuis cette loi, dans l’industrie 7% des femmes (soit 70 000) et 15% des ouvrières (soit 52 000) travaillent la nuit.

Quelles conséquences ?


Tout ceux d’entre nous qui travaillent en horaires décalés savent que cela ne se fait pas sans conséquences sur la santé, la vie sociale et familiale mais aussi sur sa façon de travailler. Même si bien sur j’aborderais ces points beaucoup plus en détails dans d’autres articles, il est toujours bon de se pencher sur les conséquences de ces horaires.


Des durées de travail plus importantes


Deux choses sont à noter :

La récupération du temps de travail sous forme de congés supplémentaires est très rares dans nos métiers

De ce fait, les salariés décalés ont tendance à travailler plus, notamment sur la durée annuelle (1 763 heures contre 1 587) et sur le nombre de jours travaillés par an (226 jours contre 207 jours).


Un temps hors travail nettement plus perturbé


Selon l’enquête Conditions de travail - risques psychosociaux de 2016, les salariés soumis aux horaires atypiques ont une organisation de travail plus contraignante que les autres.


Outre des dispositifs de contrôle plus présents (pointeuse, badge, fiche horaire...) ils sont plus souvent contraints dans leur organisation quotidienne et hebdomadaire. Par exemple, 24% d’entre eux ne disposent pas de 48 heures consécutives de repos et 9% ont une journée de travail morcelée en deux périodes séparées par 3h ou plus. Les horaires atypiques nécessitent donc une plus grande disponibilité des salariés (travailler au delà de l’horaire prévu, travailler lorsque ce n’est pas prévu ..)


Le plus compliqué reste d’articuler vie professionnelle et vie personnelle. En ce qui concerne ce sujet, les résultats de l’étude de la DARES sont assez criants :

> 15% des salariés décalés déclarent qu’ils n’ont pas la possibilité de s’absenter de leur travail en cas d’imprévu personnel ou familial

> 24% que leurs horaires ne s’accordent pas avec leurs engagements sociaux et familiaux en dehors du travail

> 44% déclarent que leurs proches se plaignent que leurs horaires de travail les rendent peu disponibles


Horaires subis ou choisis


Bien sûr, chacun ne vit pas les horaires décalés de la même façon : certains en ont fait un choix conscient quand pour certains cela est imposé.


Lorsque l’on subit ce type d’horaire, cela peut devenir sur le long terme une source de stress. Des horaires changeants ou tournants régulièrement, des difficultés à se caler avec le rythme des autres personnes ou même à trouver son rythme personnel, l’imprévisibilité demande une adaptation constante au corps et au mental, ce qui au fur et à mesure peut l’épuiser.


Mais certains choisissent aussi ce type d’horaire pour d’autres avantages : facilité de circulation sur la route ou dans les transports, meilleur salaire, évolution plus rapide, moins de pression hiérarchique, patients/clients différents, du temps libre en journée .

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